En quelques mots, pouvez-vous présenter votre parcours et votre travail ?

J’ai suivi des études d’architecture d’intérieur et de design à l’école Camondo, conclues par un stage avec Ciguë architecture chez qui j’ai ensuite travaillé durant deux ans. Cette agence a la particularité de posséder un atelier en interne pour expérimenter des prototypes. Leur rapport aux matériaux est prégnant. Par la suite, j’ai entamé un projet personnel de recherche itinérant le long de la Méditerranée à la rencontre de matières et de savoir-faire locaux. L’objectif est d’inciter le public d’architectes d’intérieur et de designers à travailler à partir des savoir-faire du territoire. Je poursuis ces recherches en travaillant désormais à mon compte depuis un an. En parallèle de cette activité, j’ai donné des cours à l’école Camondo Paris et Toulon ayant pour sujet les matériaux et leur écocompatibilité. En 2021, j’ai scénographié l’exposition FRUGAL, dont l’objectif était de mettre en avant le design d’écoconception. J’ai réalisé la scénographie dans une démarche zéro déchet et à partir d’éléments biosourcés. Je participe cette année à la scénographie des 8e Rendez-Vous De La Matière + Fair(e) en accompagnement de l’agence MVRDV.

 

Quel est votre rôle dans ce projet de scénographie ?

Je me suis emparée du design élaboré par MVRDV pour proposer une mise en scène dans l’espace de l’atelier Richelieu, couplée à une mise en scène des matériaux des exposants sur chaque stand. Une composition esthétique du parcours scénographique a été mise en place à partir de six arrangements de modules. Le travail à l’échelle de l’espace et de la disposition des stands implique aussi une gestion des flux de circulation des visiteurs, et une réflexion sur les points de vue qu’ils pourront avoir en premier lieu en pénétrant dans les salles.

Ensuite, j’ai agi en tant que personne intermédiaire dans le dialogue entre les exposants et MVRDV, afin d’orienter ces derniers dans la conception des stands en fonction des besoins de chaque exposant rencontré un à un. Enfin, pour chaque stand, j’ai produit un document de plusieurs pages avec plans et cotations ainsi que des vues perspectives afin que l’exposant possède toutes les informations pour se projeter au mieux.

 

Par quels prismes cette scénographie a-t-elle été conçue ?

Au centre de chaque salle, un espace laissé libre invite à la convivialité et favorise les échanges. Les stands sont répartis en périphérie. Cette lisibilité de l’espace permet aussi au visiteur d’avoir suffisamment de recul pour voir tous les stands. Afin d’éviter la surcharge et de ne pas saturer le regard, les exposants limitent leur sélection d’artefacts. Les espaces interstitiels entre deux stands sont végétalisés, telle une frontière visuelle. Le fait de ne pas être dans une signature trop marquée permet de laisser ressortir le sujet de l’exposition : la matière.

 

Par quels biais la démarche d’écoconception est-elle affirmée au sein du parcours ?

L’objet du stand peut être monté et démonté facilement par un système de fentes. L’idée est de pouvoir restituer les panneaux de plastique recyclé au fournisseur pour qu’il puisse les refondre et les reformer. Le choix s’est porté sur ce matériau à la fois robuste et valorisant nos déchets, la solidité s’avérant nécessaire dans le cadre de l’exposition de matériaux.

De façon générale, le sujet à la fois intéressant et complexe du volume de déchets produit pour un salon de quelques jours mérite d’être exploré. Archistorm se positionne sur ce sujet à travers les Rendez-Vous De La Matière, un événement à petite échelle qui permet de travailler de façon expérimentale. Il s’agit d’une problématique cruciale et les solutions apportées pourraient être mises à profit pour diminuer l’impact environnemental d’événements de grande ampleur. Cette problématique est aujourd’hui au cœur de ma pratique.

 

Texte : Cléa Calderoni
Visuel à la une : 3D de la scénographie de l’édition 2022 © Sophia Goigoux-Becker